Nadjirou Sall (ROPPA) : Stoppons la mise en œuvre des APE en Afrique de l’ouest !

Nadjirou Sall (ROPPA) : Stoppons la mise en œuvre des APE en Afrique de l’ouest !

Publié le 4 novembre 2016 par AFDI


Nadjirou Sall est secrétaire général du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles d’Afrique de l’Ouest (ROPPA). A l’occasion du dossier d’Afdi sur les Accords de partenariat économique (APE), il nous explique la position des agriculteurs d’Afrique de l’Ouest sur l’accord commercial négocié avec l’Europe.

 

Afdi : Quels ont été les succès du ROPPA dans les négociations des Accords de partenariat économique (APE) ?

Nadjirou Sall : Le ROPPA a été capable d’influencer les commissions de la CEDEAO et de l’UE. Grâce à une mobilisation importante des populations rurales d’Afrique de l’Ouest et la réalisation d’études et d’argumentaires, notre organisation a remporté plusieurs batailles lors des discussions des APE. Nous avons en particulier réussi à imposer l’idée que la plupart de nos productions agricoles doivent être protégées face à la concurrence européenne. Cet engagement a valu au ROPPA d’être reconnu internationalement  pour sa défense des intérêts des agriculteurs dans les accords commerciaux. Nous avons réussi à développer une argumentation solide en faveur de l’agriculture familiale dans cette région du monde, et c’est sûrement le plus grand succès de notre organisation dans cette négociation.

Ce plaidoyer a réuni les plateformes d’agriculteurs et les organisations de la société civile de treize pays. Le fait d’avoir fédéré des citoyens au-delà du monde agricole est un autre grand succès du ROPPA.

 

Quels sont les impacts de ces quinze ans de négociation pour votre organisation ?

Nous avons pris conscience de l’importance d’une politique agricole régionale. Les stratégies de négociation de l’Union européenne ont néanmoins créé des divisions entre les pays membres et la riposte de nos institutions a été trop faible. En cas de signature de l’APE, les compensations proposées par l’UE seront trop faibles pour compenser les impacts négatifs des APE sur l’intégration régionale de l’Afrique de l’Ouest.

 

 La consolidation du marché ouest-africain est-elle considérée comme un grand défi par le ROPPA ?

C’est notre principal défi, avant de penser à la création d’une zone de libre-échange avec l’Europe ! Tant que nous n’avons pas construit notre marché régional, ça ne sert à rien de se disperser. Nous devons nous concentrer sur cet enjeu pour faciliter la circulation des marchandises agricoles au sein de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

 

Quels sont vos points d’inquiétude par rapport aux enjeux actuels des APE ?

Au sein du ROPPA, nous pensons qu’il faut stopper le processus de mise en œuvre des APE. Il faut donner le temps à l’Afrique de l’Ouest de renforcer son marché en passant par une période de protection. Aucune agriculture dans le monde n’a réussi à se développer sans passer par cette période de transition.

 

Alors que les négociations d’accords bilatéraux se multiplient en Europe, quels sont selon-vous les enjeux auxquels les organisations agricoles doivent être attentives?

Pour peser dans les négociations commerciales, il faut savoir rassembler et se concerter avec d’autres acteurs de la société civile. Les stratégies d’alliance avec les consommateurs sont obligatoires face aux énormes enjeux des accords commerciaux bilatéraux.

Bien sûr, il y a un important travail technique à fournir pour que nos argumentaires soient crédibles. Il faut que ces études soient ancrées dans nos réalités d’agriculteurs pour véritablement souligner les impacts que pourraient avoir ces accords sur notre quotidien.

Enfin, il faut se préparer à être endurant et accepter que nous ne fixions pas les agendas !

 

Propos recueillis le 19 octobre 2016, par Stéven Le Faou

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